21 octobre 2026 | coordination

Feuille de route cardiovasculaire 2026-2030 : la coordination de proximité, clé de voûte

Mon bilan prévention, harmonisation de la pression artérielle, repérage précoce : comment transformer 36 actions nationales en pratique de terrain

Le 14 octobre 2026, le ministère de la Santé a présenté sa feuille de route nationale de santé cardiovasculaire pour 2026-2030. Trente-six actions, quatre axes, un objectif affiché : repérer plus tôt, prendre en charge de façon coordonnée, et sortir enfin du simple affichage. Pour les professionnels de ville — CPTS, cardiologues, médecins traitants, infirmiers, pharmaciens — c'est à la fois une feuille de route et une mise à l'épreuve : celle de la capacité du système à transformer un texte national en parcours réel.

Un mal silencieux qui coûte cher

En France, les maladies cardio-neurovasculaires restent la deuxième cause de mortalité et la première cause de handicap acquis chez l'adulte. Elles provoquent chaque année environ 140 000 décès et plus de 1,2 million d'hospitalisations, pour un coût estimé à 20 milliards d'euros [1][2].

Les facteurs de risque, eux, restent mal maîtrisés : 31 % des adultes sont hypertendus, 23 % présentent une hypercholestérolémie, 17 % sont obèses et 7 % sont diabétiques. Près de la moitié des personnes hypertendues ignorent leur pathologie, de même qu'un diabétique sur cinq [3].

Une stratégie nationale, portée par la loi du 27 juillet 2026

Cette feuille de route met en musique la loi n° 2026-668 du 27 juillet 2026 visant à doter la France d'une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, issue d'une proposition du député et cardiologue Yannick Neuder. Le texte a été adopté au Sénat le 9 juillet puis à l'Assemblée nationale le 20 juillet 2026 [3][4].

Elle s'inscrit aussi dans le sillage du « Safe Hearts Plan » publié par la Commission européenne le 16 décembre 2025 [5]. En présentant le texte, la ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a résumé l'ambition en une phrase : « Face aux maladies cardio-neurovasculaires, nous devons changer d'échelle et agir plus tôt. » [1]

Quatre axes, 36 actions

La feuille de route 2026-2030 organise ses 36 actions autour de quatre axes [1] :

  • Axe I — promouvoir la santé cardiovasculaire auprès de la population et des acteurs, avec une campagne de sensibilisation et la mise en avant de Mon bilan prévention comme porte d'entrée.
  • Axe II — mobiliser les professionnels de premier recours pour repérer les facteurs de risque et évaluer le risque cardiovasculaire, avec une action dédiée à l'harmonisation des pratiques de mesure, de contrôle et de suivi de la pression artérielle.
  • Axe III — développer les ressources de prise en charge globale des facteurs de risque, notamment pour les patients à risque élevé : réévaluation des traitements chez les personnes âgées fragiles, mise en place d'un parcours d'accompagnement préventif.
  • Axe IV — développer les connaissances, le suivi et l'évaluation des interventions préventives.

Deux leviers à regarder de près

Mon bilan prévention, remis au centre du jeu

L'axe I ne crée pas un nouveau dispositif : il remet Mon bilan prévention — le rendez-vous de prévention aux âges clés de la vie (18-25, 45-50, 60-65, 70-75 ans), ouvert aux médecins, infirmiers et pharmaciens — au centre de la prévention cardiovasculaire. Mais la portée de cette promotion dépendra d'un paramètre très concret : la capacité des professionnels à enchaîner le repérage des risques, la priorisation partagée d'un ou deux sujets, puis la rédaction du Plan Personnalisé de Prévention, sans que cela alourdisse leur pratique quotidienne.

Harmoniser la pression artérielle : un sujet plus technique qu'il n'y parait

L'action de l'axe II sur la pression artérielle vise un problème bien identifié : les pratiques de mesure — brassard, position, répétition des mesures — varient encore d'un cabinet à l'autre, et le suivi dans le temps est rarement structuré. Harmoniser ces pratiques suppose des protocoles partagés entre médecins, infirmiers et pharmaciens, et un historique de mesures accessible à tous les professionnels qui suivent le patient, pas seulement à celui qui a pris la dernière tension.

Le bon texte ne suffit pas : la coordination de terrain reste le maillon critique

Repérer un facteur de risque est une chose ; organiser ensuite le parcours — du médecin traitant au cardiologue, en passant par l'infirmier et le pharmacien — en est une autre. Un bilan de prévention qui ne débouche sur rien, une tension mesurée une fois puis jamais recontrôlée, un patient réévalué par son médecin mais jamais revu par le cardiologue qu'il n'a pas réussi à joindre : ce sont ces frictions, bien plus que le manque de textes, qui expliquent pourquoi les facteurs de risque cardiovasculaires restent aussi mal maîtrisés en France. Et sans indicateurs partagés entre professionnels, l'axe IV de la feuille de route — suivre et évaluer les interventions — restera difficile à documenter.

Citana : transformer les 36 actions en pratique quotidienne

C'est précisément sur ce terrain que Citana, la plateforme d'Anamnèse déployée auprès de plus de 130 CPTS connectées à 110 établissements, peut jouer un rôle concret — pas en ajoutant un dispositif de plus, mais en reliant ceux qui existent déjà.

Mon bilan prévention, digitalisé de bout en bout

Questionnaire de repérage structuré par tranche d'âge, priorisation partagée des sujets, génération du Plan Personnalisé de Prévention, transmission au médecin traitant via le DMP et la messagerie sécurisée MSSanté : Citana outille chaque séquence du bilan, pour que le repérage prévu par l'axe I ne reste pas un acte isolé.

Un protocole partagé pour mesurer et suivre la pression artérielle

Le catalogue de protocoles pluriprofessionnels de Citana — issus de la HAS ou construits localement — permet d'homogénéiser qui mesure, comment, et à quel rythme. Les mesures enregistrées dans le dossier patient territorial sont visibles par tous les professionnels qui suivent le patient, et pas seulement par celui qui les a prises : c'est la réponse opérationnelle à l'action d'harmonisation de l'axe II.

Au-delà du bilan : réorienter, pas seulement repérer

Si le bilan ou une mesure de tension révèle un risque, la demande d'intervention (DDI) de Citana permet d'adresser le patient en un clic vers le cardiologue, le médecin traitant ou une consultation de réévaluation thérapeutique, avec horodatage et statut de prise en charge (à voir / acceptée / refusée). C'est la réponse directe à l'axe III : réévaluer les traitements des personnes âgées fragiles et construire un vrai parcours d'accompagnement préventif, pas un simple aiguillage administratif qui s'arrête à la porte du cabinet.

Des preuves pour l'axe IV

Le tableau de bord et les statistiques exportables de Citana donnent aux CPTS, aux ARS et aux CPAM la matière que l'axe IV appelle à produire : nombre de bilans réalisés, de mesures de tension effectuées, de patients réorientés et suivis dans le temps. De quoi documenter l'impact de la feuille de route, territoire par territoire, plutôt que de se contenter d'en afficher les intentions.

La feuille de route cardiovasculaire 2026-2030 fixe un cap ambitieux. Sa réussite se jouera sur le terrain, dans la capacité des CPTS, des cardiologues et des professionnels de premier recours à transformer un texte en parcours réel, du repérage jusqu'au suivi. C'est exactement ce que Citana a été pensé pour outiller : relier le bilan à la mesure, la mesure au suivi, et le suivi à la réorientation.

Sources

[1] Ministère de la Santé — communiqué « Santé cardiovasculaire : la France se dote d'une feuille de route nationale », relayé par La Veille Acteurs de Santé, 14/10/2026

[2] WhatsUpDoc, « Lutte contre les maladies cardiovasculaires : 5 axes pour changer la donne », 15/10/2026

[3] Sénat, rapport sur la proposition de loi relative à la stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires

[4] LOI n° 2026-668 du 27 juillet 2026 visant à doter la France d'une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires — Légifrance

[5] Commission européenne — EU Safe Hearts Plan (santé cardiovasculaire)

Contexte complémentaire : Anticoag Pass S2D, résumé de la stratégie nationale, 29/07/2026

Pauline DUBAR

Ecrit par: Pauline DUBAR

Forte de 12 années d’exercice infirmier et d’un engagement associatif soutenu dans le secteur de la santé, Pauline Dubar associe une expertise du terrain clinique à une maîtrise approfondie des affaires publiques et du management (Diplômée de Master). Sa parfaite connaissance des institutions et du système de santé lui permet de concevoir, piloter et promouvoir des projets de santé publique stratégiques et à fort impact.