Le 27 juin 2025, la loi sur la profession d'infirmier ouvrait une nouvelle page de l'exercice infirmier en France. Consultation infirmiÚre, diagnostic infirmier, raisonnement clinique, prescription autonome⊠le texte posait les principes d'une profession davantage reconnue dans son autonomie.
Un an plus tard, les deux arrĂȘtĂ©s publiĂ©s au Journal officiel du 26 juin 2026 viennent enfin rendre cette rĂ©forme pleinement opĂ©rationnelle :
- l'arrĂȘtĂ© fixant la liste des actes et soins pouvant ĂȘtre rĂ©alisĂ©s par les infirmiers diplĂŽmĂ©s d'Ătat ;
- l'arrĂȘtĂ© fixant la liste des produits de santĂ© et examens complĂ©mentaires que les IDE peuvent prescrire ou renouveler.
Premier arrĂȘtĂ© : une logique clinique plus qu'une liste d'actes
Ă premiĂšre lecture, l'arrĂȘtĂ© sur les actes et soins pourrait ĂȘtre perçu comme un simple catalogue technique. Ce serait une erreur.
La véritable évolution est ailleurs : le texte organise les actes autour du raisonnement clinique infirmier et non plus uniquement autour de gestes techniques.
L'infirmier n'est plus seulement défini par ce qu'il réalise mais surtout par ce qu'il évalue, décide, coordonne et surveille. Il repÚre et évalue les besoins de la personne par l'utilisation d'outils et échelles standardisées. Il collecte et analyse les données cliniques du patient (recueil des constantes, TROD, réalisation d'explorations fonctionnelles, examens cliniques). Il pose un diagnostic, met en oeuvre les soins et oriente le patient dans son parcours de soins.
Cette évolution rejoint l'esprit de la réforme engagée par la loi de 2025 : reconnaßtre que la valeur ajoutée infirmiÚre réside autant dans l'analyse clinique que dans la réalisation technique des soins.
DeuxiĂšme arrĂȘtĂ© : la prescription devient une fonctionnalitĂ© mĂ©tier
Le second arrĂȘtĂ© est probablement celui qui aura les consĂ©quences les plus visibles.
Pour la premiĂšre fois, une liste structurĂ©e de produits de santĂ© et d'examens complĂ©mentaires pouvant ĂȘtre prescrits ou renouvelĂ©s par les infirmiers est dĂ©finie rĂ©glementairement.
Le texte couvre notamment :
- certains examens complémentaires ;
- des dispositifs médicaux ;
- des produits liés aux plaies ;
- la vaccination ;
- certains traitements de prévention ;
- des prescriptions participant à la prise en charge de la douleur, du sevrage tabagique ou encore de la santé sexuelle.
L'infirmier ne documente donc plus uniquement une prescription mĂ©dicale : il devient lui-mĂȘme prescripteur dans un pĂ©rimĂštre clairement identifiĂ©.
Une autonomie plus importante... mais pas sans limites
Ces deux arrĂȘtĂ©s constituent une avancĂ©e majeure. Ils ne rĂ©pondent cependant pas Ă toutes les attentes de la profession.
Plusieurs organisations professionnelles ont salué la reconnaissance du raisonnement clinique tout en regrettant que certains arbitrages demeurent prudents, notamment concernant le périmÚtre exact de certaines prescriptions ou l'organisation des délégations d'activités. La HAS avait d'ailleurs rendu un avis favorable assorti de réserves avant la publication définitive.
Autrement dit, la réforme n'est probablement pas achevée. Mais elle ouvre une dynamique qui continuera vraisemblablement à évoluer dans les prochaines années.
Un nouveau rĂŽle infirmier nĂ©cessitant d'ĂȘtre outillĂ©
1. Appuyer et sécuriser le raisonnement clinique
Pour endosser pleinement son nouveau rÎle, l'infirmier aura besoin d'un outil numérique robuste, tel que Citana, pour recueillir les signes cliniques objectifs (constantes, photo de plaie, etc.), évaluer les risques à partir de grille d'évaluation validées (EVA, Norton, MNA, etc.), bref tracer les éléments soutenant sa décision clinique et le plan de soins mis en oeuvre.
2. Guider la prescription
L'infirmier aura également besoin de s'appuyer sur un outil métier intégrant des fonctionnalités d'aide à la prescription (LAP), garantissant une base de données médicamenteuses à jour agréée HAS, et traçant et sécurisant ses prescriptions (analyse des potentielles interactions médicamenteuses, notamment). Citana intÚgre cette option de LAP en partenariat avec Ordoclic.
3. Orienter le patient, coordonner le parcours de soins
L'Ă©largissement des missions infirmiĂšres renforce Ă©galement un enjeu souvent sous-estimĂ© : le partage des informations. Pour assurer une prise en charge coordonnĂ©e, les infirmiers doivent pouvoir accĂ©der aux traitements en cours, aux rĂ©sultats biologiques, aux comptes rendus d'hospitalisation ou aux dĂ©cisions des autres professionnels de santĂ©. Ă l'inverse, leurs propres observations et dĂ©cisions doivent ĂȘtre Ă©galement facilement accessibles au mĂ©decin traitant, au pharmacien, Ă l'hĂŽpital ou aux autres intervenants du parcours de soins.
Cette capacité à échanger des données de maniÚre sécurisée et standardisée est possible dans CItana, conçu nativement pour la coordination. Le dossier patient est partagé à l'ensemble des professionnels du cercle de soins. Et depuis quelques semaines, il intÚgre DMP et MSS pour échanger et partager en toute sécurité.
Au-delĂ de la coordination, le dĂ©cret prĂ©cise le besoin pour l'infirmier d'ĂȘtre en capacitĂ© d'orienter le patient, de pouvoir face Ă une situation clinique identifier le niveau de recours et tracer cette orientation. Citana inclut une fonction d'adressage permettant de transmettre, tracer et sĂ©curiser une demande de soins sur les professionnels du territoire habilitĂ©s (filtrage par pĂ©rimĂštre gĂ©ographique, profession, spĂ©cialitĂ©, type d'actes, etc.)
Conclusion
La publication des deux arrĂȘtĂ©s du 26 juin rend opĂ©rationnelle la rĂ©forme engagĂ©e par la loi infirmiĂšre de 2025. La profession infirmiĂšre n'est plus seulement une profession qui exĂ©cute des actes : elle est reconnue comme une profession clinique qui Ă©value, dĂ©cide, prescrit et coordonne. Pour endosser pleinement leur nouveau rĂŽle, les infirmiers doivent se doter d'un outil numĂ©rique Ă la hauteur des dĂ©fis Ă relever : structuration des consultations et traçabilitĂ© du raisonnement clinique, aide Ă la prescription, coordination des soins et aide Ă l'orientation.
